Le canotier

Le canotier

Ce chapeau cousu avec de la paille de blé, orné d’un ruban noir, a une forme qui le caractérise : rond à fond plat avec des bords plats et étroits. 


Son histoire

Connaissez-vous Pétronille Cantecor ?

En occitan, Cantecor signifie « le cœur qui chante », née en 1770 à Septfonds, dans le Tarn et Garonne, Pétronille s’occupe de ses 12 enfants ainsi que des travaux de la ferme.

A ses temps libres elle se met à tresser et à coudre de la paille de blé pour confectionner des chapeaux (la légende dit que c’est en gardant ses moutons). La « Palhola », la paillole, était née (chapeau de paille que la tresse constitue en occitan).

D’un usage domestique et privé, elle dut rapidement faire plaisir à ses voisins, engendrant une véritable production.

En 1796, le premier atelier de chapeaux est crée, Septfonds et Caussade restent des hauts lieux de la chapellerie française.

Le mot de « canotier » vient du « canoa » qui signifie petit bateau en espagnol.

Il surgit au début du 19ème siècle, avec le début de la circulation des canots sur la Seine et d’autres rivières en France après l’autorisation de Napoléon III, et les débuts du tourisme et des loisirs. Ces embarcations à rame ou à voile deviennent vite à la mode et les navigateurs des canots se distinguent de leurs chapeaux en paille très serrée, ovales, dotés des rubans qui servent à les protéger contre le soleil. Ces sorties sur la Seine et les bords de Marne qui mènent vers rives des guinguettes où l’on danse, où l’on régate.

Le canotier devient vite le symbole de loisir, de plaisir et les peintres s’en inspirent, Renoir et Manet à travers « Le déjeuner des canotiers », « Les canotiers à Chatou », « La Grenouillère » ou encore « En bateau ».

Dans les stades et autres lieux de pratique sportive, le public prend l’habitude d’assister aux compétitions avec un canotier sur la tête. Au départ emblème masculin, le canotier se féminise à travers l’activité sportive de ces dames qui se plaisent à pratiquer le vélo ou l’équitation avec un canotier.

Le 19e est dominé par la mode anglaise, et c’est bien au Royaume Uni (surtout en Angleterre) qu’il trouve aussi les racines de son succès. C’est à Luton, le centre historique anglais de fabrication de chapeaux, où les premiers chapeaux de paille sont introduits en 1822. La tradition de porter le canotier pendant les courses de chevaux et les matchs de polo s’est instaurée à l’initiative du Royal Ascot qui avait déjà comme code vestimentaire le port de chapeau par le cercle royal.

Le canotier ne passera pas de mode avec l’arrivée du 20ème siècle bien au contraire !

Mais il va convaincre, ainsi que l’élégance des uniformes anglais bien au-delà de ses bases chics : En France, Coco Chanel révolutionnaire de simplicité, comme les hommes, en protestation contre les chapeaux encombrants des femmes de l’époque et lance ainsi une nouvelle tendance.

 Maurice Chevalier ne se sépara pas de son canotier son couvre-chef devenant sa signature. De l’autre côté de l’Atlantique, Fred Astaire l’adopta également.



Coco Chanel

Fred Astaire

Audrey Hepburn, qui reste une égérie du style, le magnifie dans « Drôle de Frimousse » de 1957, avec Fred Astaire, et lui redonne un second souffre. Audrey lui donna son heure de gloire dans Vogue où elle posa en tant que Eliza Dolittle de My Fair Lady en 1964. 

Les sixties, terriblement anglaises, rejoueront la partition du canotier à nouveau : The Beatles qui en portent pendant le show the Night of a Hundred Stars de 1963.

La fabrication

A l’âge d’or du canotier, dans les années 20, 30 entreprises employaient 3.000 personnes.

L’été, les usines fermaient pendant trois mois. Les ouvriers allaient travailler aux champs et les voyageurs de commerce filaient dans les trains pour démarcher les magasins d’Europe et des colonies.

Après la guerre de 1939-1945, les tresses furent importées de Chine, où elles étaient plus fines et moins chères. C’est toujours le cas aujourd’hui. Un mètre de tresse de 5 à 12 millimètres de large ne coûte que 17 centimes.

Le chapelier coud les tresses à la machine, les apprête, les teint, puis les forme à la vapeur sur des moules en aluminium. « Un bon ouvrier fabrique 100 chapeaux à l’heure en travaillant sur 4 formes à la fois, mais 30 seulement pour les modèles de mode », affirme Jean-Claude Coustillères, qui a repris l’usine créée en 1948 à Septfonds par son père, déjà fils de chapelier. Quand le chapeau est formé, il faut couper les bords, poser un bandeau ou des garnitures : nœuds, fleurs, voilettes…

Maurice Chevalier envoyait des bouts de cravate pour commander les chapeaux assortis…

Le véritable canotier est cousu avec trois épaisseurs de paille pour les hommes.

Comment le porter ?

La façon de le porter était codifiée, ainsi la mode voulait qu’on le porte penché en avant et incliné avec désinvolture sur l’oreille. 

Les dimensions et la forme du canotier pour dame évoluent au gré de la mode. Ainsi on peut trouver une certaine hauteur de calotte et une largeur de bord qui varie suivant les tendances des modistes.

De nos jours le canotier a toute sa place dans les accessoires de mode.

On le retrouve fréquemment durant les fashion weeks, dans les défilés de Haute couture, mais aussi dans la rue. De la deuxième moitié du XIX ième siècle à nos jours, le chapeau de paille se porte de Pâques à novembre comme chapeau d’été. Il assure une très bonne protection solaire grâce à sa paille épaisse.