Le haut de forme


LE HAUT DE FORME



Le haut-de-forme est un grand chapeau cylindrique, généralement fabriqué en soie et monté sur une base en feutre. Il a une haute couronne, un bord étroit et légèrement incurvé, et est souvent noir.

Saviez-vous qu’il n’y avait pas un mais plusieurs hauts-de-forme à la fin du XIXème siècle ?
Comme le montre l’illustration suivante, il était possible de trouver un haut-de-forme de plusieurs hauteurs, couleurs, en feutre ou recouverts de soie, mais aussi des « claques » ou gibus qui pouvaient se refermer en appuyant dessus grâce à un système de ressorts, rendant ainsi leur rangement plus facile. La plupart étaient portés par les messieurs pour toutes occasions : dans la journée, soirée, etc…

Le gibus :

Bien que diverses formes aient évolué, telles que des bords plus plats ou des couronnes plus hautes ou plus basses, la forme de base est restée. Les hauts-de-forme grandissaient énormément – jusqu’à 30 cm de haut – empêchant les spectateurs de voir la scène au théâtre et à l’opéra. Ce qui a conduit à l’invention par le Français Antoine Gibus du chapeau d’opéra, ou Gibus : un haut-de-forme pliable en soie à ressort.

Le haut-de-forme dans l’histoire :

L’origine du haut-de-forme tient aux gentilshommes de la campagne qui rétrécirent les bords de leurs chapeaux pour monter à cheval et augmentèrent la taille de la calotte dans un but de protection rudimentaire en cas de chute. Un système de lacet camouflé à l’intérieur permettait de le maintenir en place solidement.

C’est en 1760 que l’industrie du chapeau de soie fut créée à Florence. L’année suivante. Elle se propagea en France par les soins d’un sieur Prévot, marchand chapelier à Paris, rue Guénégaud ; les Anglais ne connurent cette mode que longtemps après nous.

L’industrie du haut-de-forme était essentiellement française à la fin du XIXe siècle on comptait encore à Paris environ 800 ouvriers vivant de la fabrication du chapeau de soie.

C’est aller chercher des exemples un peu loin sans doute, mais sans remonter au déluge, consultons les historiens du costume. Ils nous signalent le chapeau haut-de-forme à bords larges et plats, à cylindre évasé en usage chez les bourgeois des Pays-Bas au XVe siècle. Nous le retrouvons, d’ailleurs, dans les tableaux des maîtres flamands et hollandais, des Van Eyck et des Rembrandt. Les chapeaux des huguenots du XVIe siècle, sont également des « haute-forme » ; et le fameux « pot à beurre » de Henri IV, dont Furetière se gaussait irrévérencieusement, qu’est-ce donc, sinon un haut-de-forme des mieux caractérisés ?


            Passons sur les XVII
e et XVIIIe siècles. La perruque a rendu le haut-de-forme impossible. Mais voici la Révolution. En 1790, nous le retrouvons, non seulement chez les hommes, mais même chez les femmes qui le portent très gaillardement, très haut, avec de larges bords, posé sur la chevelure, plate au milieu et frisée sur les côtés s en triple rang de grosses boucles.

Pendant tout le XIXe siècle, le haut-de-forme triomphe, tantôt bas, tantôt haut, tantôt tromblon, tantôt pain de sucre, bolivar ou tuyau-de-poêle, à bords larges ou étroits, plats ou cambrés, tour à tour castor, soie ou feutre. On le raille ; on lui fait la guerre ; des sociétés se forment, en Angleterre notamment, pour consommer sa ruine. Le haut-de-forme résiste. Il a la puissance d’une institution.

Les adeptes du haut-de-forme :

Lamartine fut partisan du haut-de-forme. Musset également. Rappelez-vous les portraits, les statues qui le représentent : le poète est toujours coiffé du tube monumental, tel qu’on le portait de son temps, à moins qu’il ne le tienne à la main, comme dans le merveilleux portrait qu’a fait de lui Eugène Lami.

Enfin, l’Oncle Sam, symbole démocratique à l’Américaine, continue de préférer le haut de forme aux autres chapeaux, plausiblement (et paradoxalement) pour ses connotations élitistes.

L’année de l’Exposition universelle de 1889 marqua son apogée. A cette époque, la province française en consommait 7 millions, autant à elle seule que tous les autres pays d’Europe où la France en exportait. Paris, à lui seul, achetait alors deux millions de chapeaux de soie par an.

Son déclin :

Les vraies causes de son déclin sont plutôt dans le développement des sports, de la bicyclette, de l’automobile, dans l’abandon de la redingote, qui exigeait le haut-de-forme, pour le veston et la jaquette, qui s’accommodent du chapeau rond : surtout dans les efforts faits par les fabricants anglais pour répandre le « melon », coiffure essentiellement britannique, et l’imposer même avec le costume de cérémonie.

Ce n’était pas seulement pour de l’esthétique, la commodité qu’on lui faisait la guerre. D’aucuns allaient jusqu’à le trouver antidémocratique. On proposa à la Chambre de le frapper d’une taxe. L’auteur de ce projet s’appelait M. de Lorgeril. Ce n’était pas, comme vous pourriez le croire, un humoriste, mais ben un grave législateur qui ne recherchait dans cet impôt que les intérêts du Trésor. Voici comment s’exprimait sa proposition :

« Les chapeaux de luxe, dits chapeaux haute-forme, sont soumis à une taxe de 2 francs. Cette taxe sera perçue au moyen d’un timbre spécial, collé d’une manière visible au fond de tous les chapeaux soumis à la taxe. » Et M. de Lorgeril ajoutait : « Cette taxe n’est pas de mon invention : elle a existé en Angleterre à l’époque de la première révolution : elle s’élevait alors à half-a-crown, une demi-couronne, c’est-à-dire 2 fr. 90. » Alors un député, homme d’esprit, s’écria : « Voilà un véritable impôt de capitation ! » La Chambre entière, sur ce mot, éclata de rire, comme elle était encore composée en majorité de gens sérieux et qui avaient le sens du ridicule, elle repoussa la proposition de M. de Lorgeril.

Peu à peu, cependant, le chapeau haut-de-forme eut tout le monde contre lui : les artistes, qui le trouvaient laid ; les personnes privilégiant leur bien-être et leur confort, qui le trouvaient incommode ; les politiciens avancés, qui l’accusaient d’être antidémocratique. Il ne lui manquait plus que de s’attirer les foudres de la science. Au cours d’un été chaud, un célèbre médecin parisien s’avisa de démontrer que le chapeau haut-de-forme était dangereux pour la santé et pouvait provoquer névralgies et transports au cerveau. Coiffé d’un huit-reflets, il se promenait toute la journée avec un thermomètre placé dans son chapeau ; et il prenait heure par heure la température, comme on fait pour un malade.

Voici quelques chiffres extraits de son carnet : 32° le matin, après une promenade au Bois, où l’air ambiant ne donnait que 25° ; 42° à deux heures de l’après-midi, après avoir traversé la place de la Concorde ; 36° de 4 à 5 heures, à l’ombre, dans la salle des Pas Perdus du Palais de Justice ; 31° le soir, après une sieste sur un banc, dans le jardin du Luxembourg. Bref, des températures de fièvre chaude furent ainsi constatées dans cette sorte d’étuve close qui surmontait le crâne de l’expérimentateur

 Ces chiffres furent alors publiés et même soumis à l’Académie de Médecine. Bien entendu, les ennemis du « tube » en exultèrent. Tout le monde, conspirait à la perte du pauvre « tuyau de poêle ».

Le haut de forme a donc amorcé son déclin avec le développement des Temps Modernes et face à l’avènement de l’automobile au début du XXe siècle pour des raisons pratiques évidentes.

Bref, en 1914, le haut-de-forme était déjà moribond : la guerre l’acheva.

Fabriquer un chapeau haut-de-forme était souvent mortel pour les chapeliers, car le mercure était utilisé tout au long du processus de transformation de la fourrure de castor ou de lapin en feutre. Une exposition prolongée au mercure entraînait souvent une intoxication, accompagnée de symptômes tels que démence précoce, hallucinations, irritabilité, spasmes et tremblements musculaires, perte de l’ouïe, de la vue, des dents et des ongles.

Le chapelier fou empoisonné au mercure a bien sûr été immortalisé dans Alice au pays des merveilles (1865). Le Chapelier fou de Lewis Carroll est toujours illustré coiffé d’un haut-de-forme dont la fabrication l’a probablement rendu fou.

Le Haut-de-forme toujours d’actualité :

Aussi amusants et peu pratiques qu’ils puissent sembler à notre époque ces chapeaux ont résisté à l’épreuve du temps.

Les étudiants en recherchent pour leurs cérémonies, les artistes, magiciens le portent toujours.

Le haut de forme est également toujours d’usage pour les mariages et certaines courses hippiques.

Quoi qu’il en soit, ce type de couvre-chef est un irréductible qui survivra encore et toujours.